Une fois n'est pas coutume, nous allons faire un petit saut vers les années 60. La fiction devient lentement mais sûrement une réalité.
Voici l'Univac 1206, developpé par la Remington-Rand Univac Military Munitions à St. Paul, Minnesotta. La notice élaborée en 1962 précise: “Le 1206 va assister la ligne de stations radar de guidage missile placées sur les 5.000 kilomùètres de la côte Atlantique. Le système de traitement de données travaille en temps réel a été installé à Canaveral et à Ascencion Island".
la photo qui est présentée a été prise quelques jours après l'opération ratée de la Baie des Cochons. Elle montre le technicien en train de réinstaller le module contenant l'intégralité des données et coordonnées de Cuba.
Caractéristiques
NTDS UNIT COMPUTER (a.k.a. UNIVAC CP-642, UNIVAC 1206, and AN USQ-20) Remington-Rand Univac Division
Word Length 30 bits
Speed: 9.6 microseconds add time.
Primary Memory: 32,768 words core memory (3.6 microseconds access time)
Secondary Memory: Magnetic drum and magnetic tapes,
Instruction Set: 62 30 bit, single address instructions.
Architecture: Parallel, binary, fixed point arithmetic, 7 index registers, 1 accumulator register, 1 free register.
Technology: 10,702 transistors,
Input and Output: Punched cards, paper tape, CRT
Price: $500,000.
Size: 58.6 cubic feet, 2,320 pounds, 25 kW
Software: CS-1 compiler
Development History: Developed under contract for the Navy Tactical Data System (NTDS) by the Saint Paul division of Remington Rand Univac. Seymour Cray was the primary logic and circuit designer.
Production History: The first units were delivered in 1958/ Later commercially available as the UNIVAC 1206 .
Use: Real-time tactical analysis, display and control of weapons.
La liberté de fumer étant en passe de n'être plus qu'un vague souvenir dans ce pays, il me semble opportun de publier cette publicité datant des jours heureux.
Dans le précédent post dédié au Jazz, j'ai brossé un rapide tour d'horizon de la genèse du genre. Nous sommes maintenant arrivés à l'époque de la maturité. Le Jazz est devenu LA musique populaire américaine, à tel point, nous l'avons vu ici, qu'il a même influencé la Country Music. Nous sommes donc au début des années 20 à New-York, dans le quartier de Harlem plus précisément. Les pianistes vont se servir des acquis du Ragtime et du Cake-Walk pour développer, suivant en cela l'influence du Chicago Style, un nouveau style moins syncopé, plus coulant, le Stride. Parmi les artistes les plus renommés de cette époque on peut citer Willie "The Lion" Smith, James P. Johnson et Fats Waller.
Le Cotton Club, 644 Lenox Avenue
En 1920, Fletcher Henderson fait ses débuts à New-York en tant que pianiste d'Ethel Waters en attendant de monter sa propre formation où de jeunes talents feront leurs armes: Coleman Hawkins, Don Redman, Louis Armstrong. Cette formation devient rapidement la meilleure de son temps. 1920, c'est aussi l'année où Jack Johnson, ancien champion de boxe catégorie lourds, ouvre le Club Deluxe à Harlem. Racheté en 1923 par Owney Madden, bootlegger notoire, il change de nom et devient le Cotton Club. Outre son activité classique, Madden qui est incarcéré à Sing Sing, se sert du club pour distribuer son alcool de contrebande. Cela va conduire les autorités à le fermer en 1925 pour quelques temps. La réouverture se fera sans aucun accord officiel des autorités et sans que la police n'intervienne d'ailleurs. Le Fletcher Henderson Band va être le premier orchestre à y jouer. De 1927 à 1931, il est remplacé par la formation de Duke Ellington qui s'illustre par son style "jungle" dû en grande partie aux sonorités "growl" des trompettes et trombones. "Creole Love call", "The Mooche", "Mood Indigo" "Echoes of the jungle" datent de cette période. La formation d'Ellington est riche de solistes de talent: le trompettiste Cootie Williams, le clarinettiste Barney Bigard, le saxophoniste baryton Harry Carney, le tromboniste Lawrence Brown, le cornettiste Rex Stewart sans oublier les voix magnifiques d'Adelaide Hall et Ivie Anderson. La renommée de l'endroit est telle qu'il accueille des émissions radiophoniques. A partir de 1930, Cab Calloway et sa revue "Brown Sugar" font leur apparition au club. Il remplacera Ellington jusqu'en 1934, année qui verra l'arrivée de Jimmie Lunceford. Lorsque l'on considère la liste de talents qui sont passés en ce lieu, on ne peut qu'être impressionné: Lena Horne (qui démarra à 16 ans comme chorus girl) , Bill "Bojangles" Robinson, Louis Armstrong, Ethel Waters, les Nicholas Brothers, Coleman Hawkins, ... Le club sera fermé en 1936 suite à l'émeute raciale de 1935 déclechée à la suite d'un mouvement de protestation contre la politique discriminatoire d'embauche des grands magasins de Harlem. Il réouvrira brièvement l'année suivante après avoir déménagé sur Broadway. 1940 sera l'année définitive de fermeture. Les loyers élevés, le changement des goûts de la clientèle conjugués aux investigations de l'administration fiscale dans le cadre d'une enquête sur les pratiques d'évasion fiscale des patrons des boîtes de Manhattan auront mis fin à la belle aventure du Cotton Club.
Le savoy Ballroom - 1942
Outre le Cotton Club, Harlem compte un autre endroit renommé, le Savoy Ballroom. Ouvert le 14 décembre 1926 au 596 Lenox Avenue, il est la propriété du gangster Moe Paddon (homme de paille de Capone) et est dirigé par Charles Buchanon. Salle moderne bénéficiant de tous le confort de l'époque, elle comporte deux immenses pistes de danse. pour se faire une idée de la taille, il ne faut pas perdre de vue que le Savoy couvrait la totalité du block situé entre la 140ème et la 141ème rue. L'établissement mesurait 66 mètres de long sur 17 mètres de large représentant une surface de 1122 m² . Les murs étaient recouverts de miroirs, le mobilier était résolument moderne, le dancing parfaitement ventilé (l'air conditionné restant à inventer). Le plancher de danse était régulièrement changé tous les trois ans. L'affluence moyenne était de 4.000 danseurs par soirée. Quelques 150 employés se partageaient le temps de travail de la semaine. Les videurs étaient particulièrement efficaces, le Savoy avait la réputation d'être un dancing épargné par les bagarres, aussi, ils se faisaient 100$ par soirée. Deux big bands officiaient au Savoy, un à chaque bout de la salle. C'est à partir de ce dancing que le Lindy Hop partit à la conquête de la scène Jazz. Pour animer l'endroit, Buchanon eut l'idée de créer les fameux "battles of bands", dès mai 1927, où les orchestres rivalisaient de virtuosité, le vainqueur étant désigné par le public. Lionel Hampton, Duke Ellington, Erskine Hawkins, Jimmie Lunceford, Artie Shaw, Count Basie, Fletcher Henderson, Chick Webb, les Savoy Sultans, Benny Goodmann, Lucky Millinder, Glenn Miller firent les belles heures de l'endroit. Le mercredi était réservé aux concours de danse, le vainqueur gagnait 40$. Les meilleurs se retrouvaient dans un coin qui leur était réservé, le "Kat's Korner". A contrario du Cotton Club où le personnel et les artistes étaient des afro-américains travaillant pour une clientèle exclusivement blanche, le Savoy était ouvert aux artistes et clients tant blancs que noirs. Il fermera ses portes en 1958.
Whitey's Lindy Hoppers (démonstration époustouflante tirée de "Hellzapoppin" (1941))
Si le swing est né dans l'atmosphère feutrée des clubs de la prohibition, les big bands quant à eux prennent leur essor justement à la fin de la prohibition. Le succès est d'autant plus fort que l'Amérique commence à sortir de la crise de 1929. Les clubs et ballrooms gigantesques se multiplient, la radio diffuse de plus en plus de swing, les casinos, les hotels se dotent de formations pour divertir leur clientèle. Le big band est composé d'une section rythmique (piano, basse, batterie, guitare) et de trois sections instrumentales: les trompettes, les trombones et les instruments à anche (clarinettes et saxophones).
Benny Goodman - Sing, Sing, Sing (1937)
(tiré du film "Hollywood Hotel") à noter les solos d'anthologie de Harry James à la trompette et de Gene Krupa à la batterie
Le swing entre définitivement dans la légende avec le concert de Benny Goodman au Carnegie Hall le 16 janvier 1938. C'est LE concert de légende qui le consacre "King of Swing". Les 4.000 places sont vendues avec plusieurs semaines d'avance au prix incroyable pour l'époque de 2,75$ (soit environ 50$ actuels). Il fut le premier jazzman à pénétrer dans cette véritable Mecque des mélomanes. La formation de Goodman intégrait indiféremment musiciens noirs: Teddy Wilson (piano), Lionel Hampton (vibraphone), Cootie Williams (trompette), Charlie Christian (guitare), et blancs: Ziggy Elman et Harry James (trompette), Jess Stacy (piano) et Gene Krupa (batterie).cette soirée du 16 janvier fut donc la première à voir des musiciens noirs jouer au Carnegie Hall.
Glenn Miller débute en 1923 au trombone au sein de l'orchestre de Ben Pollack. Le clarinettiste est un parfait inconnu également nommé Benny Goodman. En 1928, il monte à New-York où il joue pour les frères Dorsey et Ray Noble. A partir de 1930 il écrit des arrangements, notamment pour Tommy Dorsey. Il crée sa première formation en 1937, puis un orchestre de danse en 1939. Il enregistre In the Mood le 1er août 1939. Il va participer avec son big band à des films comme "Sun valley Serenade" (1941). En 1942, il crée le Glenn Miller Army Air Force Band et accède à une renommée internationale. Il a alors le grade de capitaine. Ses deux plus grands succès sont "In the Mood" et "Moonlight Serenade". Le 15 décembre 1944, il monte dans un avion pour rejoindre la France. Le temps est très brumeux, il n'arrivera jamais.
Down The Road Apiece est un titre créé en 1940 par le Will Bradley Trio. Il est à noter que le pianiste n'est autre que Freddie Slack qui avait quitté la formation Jazz de Tommy Dorsey pour rejoindre le batteur Robert Mc Kinley (autre transfuge du Tommy Dorsey Band) et le tromboniste Will Bradley. Il quittera le trio en 1942 pour créer son propre combo avec une chanteuse de talent: Ella Mae Morse.
Amos Milburn - 1946
En 1946, Amos Milburn reprend ce titre en lui ajoutant sa touche de flamboyance. Le titre originellement Boogie Woogie devient un standard du Rythm and Blues. La rythmique est appuyée par une section cuivres.
Il faudra attendre 1956 pour qu'un autre pianiste reprenne le titre. Merrill Moore, fabuleux pianiste de Hillbilly Boogie enregistrera sa version du standard, teintée d'une légère saveur Country. Assez peu connu du grand public, il aurait pu connaître le succès d'un Jerry Lee Lewis si il avait accepté de simplifier son jeu comme un producteur le lui avait suggéré.
1960, Chuck Berry, venu au Rock and Roll par le Rythm and Blues enregistre à son tour sa version de Down The Road Apiece.
Little Boy Blue & The Blues Boys - 1961
1961, un groupe inconnu du public britannique enregistre une maquette de ce titre. il s'agit de Little Boy Blue and The Blues Boys. Il est composé de Keith Richards, Mick Jagger, Dick Taylor, puis Brian Jones et Charlie Watts en 1962.
Rolling Stones - 1965
Devenus les Rolling Stones, ils enregistrent le titre dans leur deuxième album.
Le nom de Little Boy Blue and The Blues Boys, pourrait bien venir de la bande dessinée du même nom, publiée par DC Comics de janvier 1942 à octobre 1948. Un mystère qui reste encore à éclaircir.
Parmi les artistes à qui on peut attribuer une part de paternité au Rock and Roll, il en est un que j'affectionne tout particulièrement: Harry "The Hipster" Gibson. Pianiste hallucinant, avec un jeu scénique totalement déjanté, il maîtrisait parfaitement un nombre incroyable de styles: Boogie Woogie, Stride, Ragtime, Dixieland, Bop, Blues, etc.
Handsome Harry The Hipster
Les thèmes de ses chansons tournaient autour des sujets bannis par les stations de radio de l'époque: adultère, alcool, crime, drogue. J'en veux pour preuve le titre d'une de ses chansons enregistrée en 1945 "Who Put The Benzedrine In Mrs. Murphy's Ovaltine?" (1). Cette liberté a eu un prix: la célébrité. Cependant, son jeu enflammé a montré la voie à des pianistes à venir tels Jerry Lee Lewis ou Little Richard (qui auront d'ailleurs bien moins de talent). Avant The Hipster même les pianistes Boogie les plus hot, tels Pete Johnson ou Albert Ammons jouaient assis. Quant à sa liberté de ton, elle a ouvert la voie à Mose Allison ou Chuck Berry dont les paroles sont empreintes d'une certaine "jive talkin'" poésie.
Hipster's jive talkin' dictionnary
Né en 1915, Harry Raab, de son vrai nom, grandi dans le Bronx et apprend très tôt le piano. Adolescent il jouit déjà d'une petite renommée durant la prohibition et se voit invité à jouer dans le "speakeasy" (2) appartenant au saxophoniste Eddie "Locjaw" Davis dans le quartier de Harlem. Davis est loin d'être un inconnu,il a joué avec des pointures comme Count Basie, Louis Armstrong, Cootie Williams, Lucky Millinder.
Opus 12EEE (et non pas Piano Boogie Jump comme annoncé au début du soundie)
Après la prohibition, il continuera de se produire mais cette fois-ci dans des clubs de la 52ème rue: The Hickery House, The Onyx Club, Leon and Eddie's, The Three Deuces. En 1939, Fats Waller le découvre et lui propose de venir jouer avec lui en tant que pianiste d'entracte dans le club où il se produit. Harry Raab, le petit juif new-yorkais, devient alors le flamboyant Harry "The Hipster" Gibson. Il y restera jusqu'en 1945. Il enregistrera en 1944 l'album "Boogie Woogie in Blue" (4 disques en 78 tours) et quelques "soundies" (3) à Hollywood.
En 1945, il enregistre un album de deux disques toujours pour le label Musicraft où figure justement le titre "Who Put The Benzedrine...". En 1946, il participe au film musical d'Arthur Dreifuss "Junior prom" dans lequel il partage la vedette musicale avec The Airliners, Abe Lyman et Eddie Heywood (il est à noter que le film présente de magnifiques scènes de Jitterbug (4)).
4F Ferdinand
A partir de 1947, il disparait de la scène musicale. A la fin des années quarante il va faire quelques semaines de prison pour possession de drogue. C'est d'ailleurs son addiction due à l'abus de psychotropes qui lui ferme les portes des studios. Ensuite il va devenir chauffeur de taxi et vivre en reclus jusqu'aux années 80. Il va alors faire un come-back, enregistrer deux albums: 1986 "Everybody's Crazy But Me", 1989 "Who Put The Benzedrine In Mrs. Murphy's Ovaltine?". Ses thèmes n'ont pas changé, il continue de chanter d'une voix rocailleuse le sexe, l'alcool et la drogue (I Wanna Go Back To My Little Grass Shack). En 1991, âgé de 75 ans, il se suicide.
(1) "Vous reprendrez bien un petit snif de Benzédrine?" C'est ce que se voyaient offrir les passagers de la Pan-Am dans les années 50. Cette amphétamine était supposée rendre plus confortables les décollages et les atterrissages. Elle était offerte gratuitement par la compagnie au même titre qu'une brosse à dents, un sac à glace (?) un rasoir électrique, une boîte à coudre ou des mouchoirs en papier. (voir photo ci-dessous (ou ici), rubrique "articles de service") Une publicité ici et une photo du produit là.
(2) Bars clandestins.
(3) Un "soundie" est un petit film tourné en 16mm qui était joué ensuite par des juke-boxes. Un ancêtre du scopitone vite abandonné, la technologie ne permettant pas à l'époque d'avoir des appareils fiables.
(4) Le Jitterbug est une manière acrobatique de danser le swing. Décliné en deux styles principaux: le Lindy Hop et le Carolina Shag, il est l'ancêtre du Rock acrobatique.
La musique classique a été source d'inspiration pour les compositeurs de Jazz. Ainsi le Ragtime, dans les années 1910/1920, donne naissance des compositions telles que Russian Rag, Desecration Rag, Operatic Rag et Hungarian Rag qui tiennent d'ailleurs plus de la libre adaptation que de la transposition.
Il faudra ensuite attendre 1937 pour que le lien entre Jazz et Musique Classique soit renoué grâce au trombonniste Tommy Dorsey. Cette année, il enregistre "Song of India" adaptation du "Chant du Marchand Hindou" de Nikolaï Rimsky-Korsakov, sans oublier "Spring Song" adapté du "Chant du Printemps" de Félix Mendelssohn.
Ensuite, le rythme va rester constant, chacun puisant selon son goût dans tel ou tel répertoire. Les inconditionnels de la musqiue classique hurleront certainement au meurtre, mais il n'en reste pas moins que ces adaptations sont non seulement réussies, démontrent la qualité indéniable des musiciens jazz mais également la virtuosité des compositeurs qui surent s'emparer de certains thèmes pour jongler avec. Pour s'en convaincre, il suffit d'écouter "Bach Goes To Town" ou "Mozart Matriculates" de Benny Goodman.
"Beethoven Riffs On" par John Kirby, 1942, est une adaptation du 2ème mouvement de la Septième Symphonie de Beethoven.
"In The Hall Of The Mountain King" par Will Bradley, 1941, est une adaptation du passage éponyme d'Edvard grieg pour Peer Gynt.
"Spanish Kick" par Charlie Barnet, 1941, est une adaptation de l'air de La Habanera du Carmen de Bizet.
"Anvil Chorus" par Glenn Miller, 1944, est une adaptation de la scène I, de l'acte II (choeur des bohémiens) de l'opéra de verdi "Il Trovatore".
Enfin, pour finir, "Flight Of The Bopple Bee" par James Moody, 1949, est une adaptation Be-Bop du "Vol du Bourdon" de Nikolaï Rimsky-Korsakov. On notera le jeu de mot facétieux de Moody, la traduction exacte étant "Flight Of The Bumble Bee".
Update:
Je viens de trouver une autre adaptation du "Vol du Bourdon". Il s'agit de "Bumble Boogie", interprété par le pianiste Jack Fina et le Freddy Martin Orchestra en 1946. Le morceau figure d'ailleurs dans le crédit musical du classique de Walt Disney "Melodie Time" (Mélodie Cocktail en France) sorti en 1948.
Si des artistes blues comme Leadbelly, Edna Hicks, Samson Pittman et tant d'autres n'ont pas sombré dans l'oubli total, c'est grâce à l'énorme travail d'Alan Lomax. Musicologue de talent, il a parcouru les Etats-Unis sa vie durant pour enregistrer toutes les musiques populaires américaines. De nombreux bluesmen lui doivent de figurer aujourd'hui parmi les archives orales de la bibliothèque du Congrès.
Huddie William Ledbetter dit Lead Belly
Midnight Special - Lead Belly (1934)
Parcourant le Sud du pays, il n'a pas hésité à visiter les prisons pour enregistrer les Work Songs des détenus afro-américains. Il a également pris de nombreux clichés qui nous renseignent sur les conditions carcérales dans les états du Sud dans les années trente.
Lightnin' Washington & Group au travail dans la ferme pénitentiaire de Darrington, Texas
Black Gal - Lightnin' Washington & Group (1934)
Les deux enregistrements présentés ici ont été réalisés dans des établissements pénitentiaires du Texas et de Louisiane.
Baraquement n°1, prison d'Angola, Louisiane. Au premier plan, Lead Belly
Update:
En continuant l'exploration des archives audio de Lomax, je suis tombé sur une nouvelle découverte. L'enregistrement date du 5 octobre 1939 et a été réalisé par le révérend Mose "Clear Rock" Platt dans une chambre de l'hotel Blazilmar à Taylor, Williamson County, Texas. Il s'agit de "Black Betty", un blues de Lead Belly arrangé en work song par le révérend Platt et qui sera repris en 1977 par Ram Jam.
Le blues a souvent été la source d'inspiration de nombreux artistes. ils y ont puisé l'inspiration voire repris purement et simplement des titres pour les réarranger.
Arthur "Big Boy" Crudup enregistrait le 6 septembre 1946 " That's all right Mama " accompagné de Ransom Knowling (contrebasse) & Judge Riley (batterie). Le 6 juillet 1954, un certain Elvis Aaron Presley improvise avec Scotty Moore (guitare) et Bill Black (contrebasse) un arrangement de ce titre. ce sera le début de sa carrière.
Robert Johnson enregistre " Milkcow's calf Blues " sans savoir qu'Elvis en fera "Milkcow Blues Boogie".
Henry Thomas, l'archétype même du bluesman itinérant, comme Robert Johnson, n'a enregistré qu'une vingtaine de titres dans les années vingt, dont " Bull Doze Blues ". Titre qui sera repris en 1969 par un groupe qui portait le nom d'un alcool de contrebande conservé dans des boîtes de conserve qui se vendait sous le manteau durant la prohibition. Les amateurs de pub l'auront reconnu et peuvent l'entendre ci-dessous.
Canned Heat - Going Up The Country
Lorsqu'en 1929 Kansas Joe Mc Coy et Memphis Minnie enregistrent " When The Levee Breaks ", ils étaient loin de se douter que leur titre figurerait dans l'album IV de Led Zeppelin à côté de " Stairway To Heaven ".
When The Levee Breaks - Led Zeppelin (tous mes remerciements à Sysiphe)
Enfin, pour terminer, un titre de Henry Thomas qui ne semble pas avoir fait l'objet d'une quelconque reprise mais que j'affectionne tout particulièrement. Il date de 1927 et lorgne furieusement vers le Country Blues bien avant l'apparition de ce genre: " Bob Mc Kinney ".