Il me paraît difficilme d'évoquer les années 50 à travers la musique et le cinéma sans aborder le monde de l'automobile. Pour inaugurer le début de cette série, j'ai décidé de vous faire partager mon amour pour celle qui à mes yeux reste la plus belle production de cette décennie: la Ford Fairlane Skyliner 1958.
Comme vous pouvez le constater il s'agit d'un cabriolet (appelé "convertible" aux USA) muni d'un hard-top éliptique électrique qui se loge dans la malle arrière. Les possesseurs de roadsters allemands qui s'imaginaient posséder le must de la technologie high-tech en sont pour leurs frais. Deux portes mais six places. Qui dit mieux? Ford a produit 14.713 exemplaires de ce magnifique modèle qui était vendu pour la modique somme de 3.138$. Elle est propulsée par un moteur V8 de 292 cubic inches (4.785 cm3) développant 205 cv à 4.500 tours.
Il y a eu plusieurs variantes: - Interceptor avec un V8 de 5.400 cm3 - Interceptor Special avec un V8 de 5.400 cm3 muni d'un carburateur Holley quadruple corps. - Interceptor Special 352 avec un V8 de 5.768 cm3 muni d'un carburateur Holley quadruple corps.
La Fairlane est une propulsion. Au choix la boite de vitesse était soit une Ford-o-matic à deux vitesses soit une Cruise-o-matic à trois vitesses. Les dimensions sont honorables pour l'époque: 535,9 cm de longueur pour un empattement de 299,8 cm. Le constructeur garantissait le fonctionnement du hard-top jusqu'à une vitesse de 30 Km/h environ.
Plus que la luxueuse Cadillac Eldorado Convertible, plus que la mythique Thunderbird ou la Corvette, la Ford fairlane Skyliner représente à mes yeux l'Amérique des fifties. Elle allie l'élégance et le confort à la puissance le tout en offrant ce qui se faisait de mieux en matière d'innovation technologique.
Link Wray est né le 02 mai 1929 à Dunn, Caroline du Nord. Lorsqu'il était interviewé, Link aimait à dire que sa vie avait toujours un combat entre Dieu et le diable. Au moment de sa naissance, sa mère, Lilian Mae, étant handicapée, la sage femme lui conseille de sacrifier l'enfant pour sauver sa vie. Lilian Mae répondit qu'elle se fiche bien de mourir pourvu que son enfant vive. Les forceps utilisés laisseront de vilaines marques. La vie à cette époque est rude et la région de Dunn est particulièrement touchée par la crise qui frappe tout le monde. La partie de son enfance passée en Caroline laissera de traces et sera certainement à l'origine de ce feu qui ne cessera jamais de l'animer:
"I was from the poorest part of North Carolina (Dunn), where I was not white and it was not safe. Elvis was brought up poor in Tupelo, Mississippi, but he was still a poor white guy and the whites ruled the world down south. My mother was a Shawnee down south, right? Ku Klux Klan country. Livin' amongst the black people, and they were livin' in misery, we were livin' in misery, and the poor whites was livin' in the same misery, but the only thing about it was the whites were hating us and the blacks. The Klan would come with thier capes and burning crosses. I seen the sheets come, pull out the black people, tie 'em to a tree, and beat the shit out of 'em. We'd hide underneath the bed, hopin' they wouldn't come for us. It was just one big hell until my daddy got us outta there and to Portsmouth, Virginia, and that's where I saw a little better way of life."
La famille va rapidement partir pour Portsmouth, Virginie. Il a 8 ans lorsqu'il reçoit sa première guitare et ses premières leçons d'un afro-américain. Il aprend le blues et la technique du bottleneck. A 14 ans, avec ses frères et des amis il monte un petit groupe ce qui leur permet de s'essayer au Jazz, à la Country. En 1951, il doit laisser la musique de côté, il est incorporé dans l'armée et part d'abord en Allemangne puis servira en Corée où il contractera la tuberculose.
De retour en 1953, le groupe se reforme et prend le nom de Palomino Ranch Gang. Leur talent va les conduire à accompagner des vedettes Country comme Lash La Rue ou Tex Ritter. Seulement Link s'ennuie: "I never did care for country stuff that much. The drummer playing very light with brushes, the steel guitar waa waa waa behind it. It was too boring, like the jazz, I quit because it was so fucking boring."
1956 est une année noire. Une double pneumonie suivie d'une rechute de tuberculose le conduit à l'hôpital pour toute une année. Durant sa convalescence, il découvre le Rock and Roll à travers les diffusions des shows télévisés d'Elvis Presley. La rage, que dégage les premiers morceaux du King lui donnent la certitude que cette musique est la sienne, celle qu'il avait cherché les années précédentes. Il ressortira de l'hôpital avec un seul poumon. Ne pouvant plus se lancer dans la carrière de chanteur qu'il envisageait, il prend la décision de ne produire que des instrumentaux. Il ne chantera qu'occasionnellement et encore sur le tard. En 1958, il enregistre Rumble qui fait aussitôt un malheur. Il entre à la 16ème place dans le Billboard et finira par se vendre à 4 millions d'exemplaires. Il enregistre également d'autres records. C'est le premier morceau où la distorsion a une importance de premier plan. C'est aussi le seul instrumental qui sera banni des ondes américaines pour cause de trop grande suggestivité. Suivent ensuite Rawhide, New Studio Blues.
Link Wray est assurément un grand précurseur. Sa maîtrise de la distorsion va influencer de nombreux musiciens. Ainsi Pete Townsend déclarera "Sans Link Wray et Rumble, jamais je n'aurais empoigné une guitare". Pionnier de la power-chord et de la fuzz-box, Link Wray comptait parmi ses fans, une poignée d'inconnus comme Neil Young, David Gilmour, Bruce Springsteen, David Bowie et Bob Dylan.
Il contribue également à donner une aura sulfureuse au Rock and Roll. Son look veste ou blouson de cuir, lunettes noires, clope éternellement vissée au coin de la bouche, silhouette sinueuse rompt avec la mise habituelle. Au début des années 60, il décide de s'installer à Washington D.C et joue régulièrement dans les clubs. Il influencera également de nombreux groupes anglais (John Lennon emportait toujours dans ses bagages les disques de Link Wray) assurant la transition entre le rock US et la musique britannique.
En 1974, il enrengistrera un album dans les studios anglais de Virgin Records, Charles Branson assistera d'ailleurs aux sessions. En 1977, il contribue à deux albums de Robert Gordon.
En 1979, il enregistre l'album Bullshot où figure le titre Switchblade et son retour à un son plus brut. En tournée avec Robert Gordon, il rencontre cette même année Olive Julie Pavlsen. Elle est danoise, elle a 25 ans de moins que lui, elle étudie les cultures amérindiennes. Le coup de foudre est immédiat. Ils se marient le 12 janvier 1980 et s'installent au Danemark. Le petit Oliver Christian Wray naîtra en 1983. Link continuera de se produire dans des clubs, à participer à des tournées jusqu'à sa mort. Il s'est éteint le 5 novembre 2005, quelques mois après son dernier concert, il avait 76 ans. Il est enterré dans le cimetière de Christianshavn, près de Copenhague.
Parmi les artistes de l'écurie Sun Records, Billy Lee Riley figure assurément dans le peloton de tête. Il est né le 5 octobre 1933 à Pocahontas (Arkansas) au sein d'une famille de métayers. Comme beaucoup de gamins du milieu rural, il apprend à la musique auprès des ouvriers afro-américains. A 6 ans il sait jouer de l'harmonica, à 11 ans de la guitare. Il va servir dans l'armée de 1949 à 1953 avant de se marier. En 1955, il décide de s'installer à memphis (Tennessee). Il rejoint un groupe de Country Music local, les Slim Wallace Dixies Ramblers.
Billy Lee Riley
Poly-instrumentiste accompli (guitare, basse, harmonica, batterie) il tente sa chance début1956 en poussant la porte du studio Sun Records, espérant rejoindre Elvis Presley, Johnny Cash et Jerry Lee Lewis. (il participe d'ailleurs en tant que musicien à plusieurs enregistrements de Jerry Lee, en compagnie de Conway Twitty) Il présente à Sam Philips une maquette sur acétate d'un morceau de sa création, Rock With Me Baby. Philips décide de lui donner sa chance. Le disque sort en mai. En janvier 1957, il met sous presse Flyin' Saucers Rock and Roll. Lors de l'enregistrement, la partie pianistique est assurée par Jerry Lee Lewis. Suivent entre autres, Red Hot et Pearly Lee,
Sun Records
Les tournées vont l'entraîner à travers tous les Etats-Unis et le Canada. Malgré tout, le succès n'est pas aussi important qu'il devrait car Sun Records investit la majeure partie de ses efforts dans la promotion de ses artistes phares. En outre, la politique du studio voulait que les musiciens maison soient présents pour les sessions. Ainsi il n'était pas rares de voir les mêmes musiciens accompagner Jerry Lee Lewis, Warren Smith, Roy Orbison, Sonny Burgess, ... En participant à ces tournées Billy Lee Riley privait le studio d'une partie de ses musiciens.
Sam Philips
Fin 1959, lassé de devoir attendre, il décide d'orienter différemment sa carrière. Il va accompagner de nombreux groupes et artistes dont les Beach Boys, Ricky Nelson, Dean Martin, Sammy Davis Jr, Johnny Rivers, Pearl Bailey, ... Il continue malgré tout de composer. Durant les seventies, l'Europe et out particulièrement le Royaume-Uni vont redécouvrir le Rock and Roll et le Rockabilly. Il participera à divers festivals en Europe. Il enregistre plusieurs albums à la tonalité plutôt Blues dont "Blue Collar" en 1992 et "Rockin' Fifties" en 1995. 1997 marquera le retour vers les studios Sun pour l'album "Hot Damn" qui lui est entièrement consacré au Blues traditionnel, suivi en 1999 par "Shade Tree Blues". En 2001, il fera une apparition remarquée au festival de Montreux. En 2002, il retourne dans les studios Sun pour enregistrer "One More Time" constitué uniquement de vieux standards fifties et en 2003, il sort un album entièrement Country.
Le cinéma et la musique ont toujours été étroitement liés. Au temps du muet, il était d'usage pour les exploitants d'avoir un pianiste dont le rôle consistait à improviser pour donner une intensité plus forte à l'action ou souligner les émotions. Avec l'avènement du parlant, le film musical trouvera très rapidement sa place. D'ailleurs, le premier film commercial parlant, " The Jazz Singer " est avant tout un " musical movie ".
Al Jolson dans The Jazz Singer - 1927
Le cinéma américain dès ses débuts ne concevait pas que l'on puisse utiliser des acteurs noirs, ainsi tous les afro-américains (y compris dans le chef d'oeuvre de David Wark Griffith " The Birth Of a Nation") n'étaient en fait que des acteurs blancs maquillés. L'arrivée du parlant ne changea pas foncièrement la donne d'autant que le code Hays veillait à ce que la bonne moralité des spectateurs ne soit pas gênée. Un des interdits absolus étant la " miscegenation " (sexualité entre blans et noirs et tout particulièrement entre une femme blanche et un noir).
Cependant, avec l'essor du Jazz et du Blues, la commercialisation des enregistrements, le développement du marché de la clientèle afro-américaine sans oublier l'impact que cette musique avait sur la clientèle wasp, les producteurs d'Hollywood en vinrent rapidement à la seule conclusion logique " bizness is bizness ". Ainsi dès 1929, les premiers acteurs noirs font leur entrée sur le grand écran et par la grande porte grâce au magnifique " Hallelujah" de King Vidor tourné en 1929.
Hallelujah
La seconde guerre mondiale fut aussi un grand moment dans l'histoire afro-américaine. Hollywood produisait un nombre important de films destinés à soutenir le moral des troupes et tout naturellement, la forte implication des afro-américains dans ce conflit poussa les studios à produire un certain nombre de films pour ce public. Ainsi en 1943, Vincente Minelli dirigea le superbe " Cabin in the Sky " tandis qu'Andrew Stone tournait ce qui reste certainement le plus beau film consacré au jazz " Stormy Weather ".
Le scénario est simple. Il retrace la carrière de Bill Williamson de la fin de la première guerre mondiale jusqu'en 1943. La véritable vedette du film n'est pas visible, car il s'agit du Jazz. Du washboard orchestra qui joue sur le bateau à roue remontant le Mississippi, en passant par le cabaret de Beale Street à Memphis pour finir sur la scène New-Yorkaise, le fil conducteur n'est qu'un alibi destiné à illustrer l'évolution du Jazz. La distribution quant à elle est à l'aune de l'ambition de ce film : Fats Waller, Ada Brown, Mae johnson, Cab Calloway, Lena Horne, Bill " Bojangles " Robinson (73 ans au moment du tournage), sans oublier des musiciens comme Zutty Singleton, Benny Carter, Coleman Hawkins ou Illinois Jacquet dissimulés dans l'orchestre de Cab Calloway.
Fats Waller - Ain't Misbehavin
La danse n'est pas en reste puisque Stormy Weather va permette à la compagnie de Katherine Dunham de livrer sa seule prestation à l'écran sans oublier les Nicholas Brothers (Harold et Fayard) qui livrent dans ce film la séquence de tap dance la plus époustouflante de l'histoire du cinéma (dixit Fred Astaire et Gene Kelly).
The Nicholas brothers
On notera dans le dernier quart la présence de Cab Calloway revêtu du très shiny Zoot Suit, tenue qui n'allait pas tarder à être interdite. Long manteau ou veste ample, aux épaules rembourrées, pantalon bouffant à la ceinture très haute, large noeud papillon, chapeau à large bord sans oublier une longue chaîne de montre. Ce style vestimentaire flamboyant était en vogue auprès d'une certaine jeunesse rebelle américaine des années 1940, notamment chez les hispaniques et les Noirs. Il était destiné à attirer l'attention et caractérisait ce que l'on appelait communément les zooters. Les autorités sont arrivées à la conclusion que le style zoot symbolisait la rébellion et la non-conformité de la jeunesse. Le grand public prêtait aux zoot-suiters, à tort ou à raison, un comportement antisocial, une propension à la violence, à l'abus d'alcool et aux flâneries suspectes.
Cab Calloway - Geechy Joe
Compte tenu du climat de tension qui régnait en temps de guerre les frasques et les frusques des zoot-suiters prenaient une saveur antipatriotique aux yeux des civils sans oublier de ceux qui portaient l'uniforme. Dès 1942, la tenue zoot était, strictement parlant, illégale: elle contrevenait aux directives émises par la Commission des prix et du commerce en temps de guerre au sujet du rationnement des tissus et des textiles. Les valeurs sociales propres aux zoot-suiters étaient en conflit avec les préceptes moraux adoptés en temps de guerre. Los Angeles, le 4 juin 1943, suite à une bagarre entre matelots et zooters, une centaine de marins et soldats parcourt les quartiers Est de la ville, attaquant la population mexicaine et mettant le feu aux maisons et magasins. Les premières victimes sont deux enfants de 11 ans, battus à mort à l'entrée d'un cinéma. L'émeute raciale durera une semaine. Les Zoot Suit Riots feront plus de 60 morts.
Spéciale dédicace pour Robert "swing man" Sysiphos qui se reconnaîtra.
Le Doo Wop a sans conteste connu son apogée durant les fifties. Ce terme n’est peut-être pas évocateur pour certains, mais ces derniers sans le savoir doivent en connaître plusieurs standards, tel " Earth Angel " créé en septembre 1954 par The Penguins. Vous ne voyez toujours pas ? Allons ! Rappelez-vous, dans Retour vers le Futur, Marty Mc Fly remplace le guitariste Marvin Berry. Le premier morceau qu’il joue n’est autre que Earth Angel. Si j’insiste à ce point sur ce titre, c’est parce qu’il est le premier titre purement Doo Wop. Il est le premier à mêler sur une mélodie Rythm and Blues, l’émotion vocale du Gospel à l’innocence presque naïve du texte. La musique passe au deuxième plan d’autant que les basses sont assurées par les chanteurs. Le Doo Wop reprend en fait la tradition des groupes vocaux estudiantins des campus américains sur le mode de la ballade Rythm and Blues. Le succès des groupes vocaux remonte à 1948, seulement ils sont soit Jazz, soit Blues quant à la thématique elle est résolument adulte. A partir de 1952, la rythmique s’oriente vers le Rythm and Blues, seulement la musique domine encore.
The Penguins fin 1954 (de gauche à droite): Curtis Williams, Cleve Duncan, Dexter Tisby and Bruce Tate
A partir de l’année 1954, le genre va se fixer :
groupe d’harmonie vocale.
un panel de registres (baryton, ténor falsetto, second ténor, ténor léger).
la présence d’onomatopées (surtout pour les basses) héritée du chant scat.
rythmique et musique discrètes.
Paroles simples
Le Doo Wop est une musique du Nord urbain des USA. Elle est le fait de groupes d’adolescents afro-américains qui se regroupent pour chanter après les cours. On parle alors de " street corner music ". Pourtant si le genre est on ne peut plus du domaine populaire, la technique est bien réelle. Le leader est souvent un ténor léger (à l’exemple de Frankie Lymon) ce dernier étant soutenu par le ténor et le baryton qui entremêlent leurs partitions. Il arrive parfois que le chanteur ait recours au melisma qui est une technique issue du Gospel où l’on allonge la syllabe pour la faire coïncider avec la métrique de la mélodie (comme sur Only You des Platters). Le falsetto quant à lui est souvent utilisé en fin de titre (par exemple : Since I don’t have You des Skyliners).
The Platters
Il y aurait eu environ 15.000 groupes de formés de 1954 à 1965, date à laquelle le genre passera de mode.
The Skyliners
Beaucoup de ces groupes furent une proie facile pour les requins du show-biz. Naïfs, jeunes et inexpérimentés, peu scolarisés pour certains ils firent souvent confiance à leurs managers et producteurs. Ainsi il n’était pas rare de voir les groupes être payés à la session d’enregistrement plutôt qu’au nombre de disques vendus, céder les droits de leurs chansons au producteur, de faire 50/50 avec le manager, de payer pour passer dans des émissions télévisées, d’accepter de faire des tournées pour rien au prétexte que cela doperait les ventes de disques.
Le succès incontestable du genre attirera bon nombre d'artistes blancs vers le Doo Wop. Néanmoins, alors que la ségrégation est encore bien présente, il y a un groupe qui passe outre les interdits: The Dell Vikings. Formé sur une base de l'US Air Force de Pittsburgh au départ par un groupe d'afro-américains, un premier vocaliste blanc intègre le team suite à la mutation vers la RFA d'un des chanteurs. Rapidement un deuxième suivra. Whispering Bells et Come Go With Me sont leurs plus beaux titres.
Rien que pour le plaisir, Hushabye par The Mystics, 1959.
Le blogroll vient tout juste d'être étoffé. Je vous engage à l'explorer, on y trouve pas mal de sites qui proposent en téléchargement libre un nombre incroyable de standards de Jazz, de Blues, de Doo Wop, de Rythm and Blues, de Rock and Roll. Mike's Oldies propose même des vidéos.
L'histoire du Rock and Roll est indisociable de celle du juke-box et se son double le wall-box. Wurlitzer, Seeburg, Rock-Ola, et quelques autres, rivalisèrent d'inventivité et de créativité pour offrir des machines non seulement permettant une diffusion de qualité sans jamais omettre de faire beau.
Wurlitzer 1800 de 1955
La famille Wurlitzer quitte sa Saxe natale pour les USA en 1853. La tradition musicale de la famille remonte au XVIIème siècle. Ce sont des facteurs et des commerçants d'instruments de musique. En 1856, Rudolph Wurlitzer fonde THE WURLITZER COMPANY. Au début il se contente d'importer des instruments depuis l'Europe qu'il commercialise dans les magasins qu'il a ouvert dans diverses grandes villes du nord. En 1880, il délaisse l'importation et commence la fabrication de pianos. En 1896, il invente le " tonophone ", piano mécanique à monnaie. Le cinéma se révélant une industrie florissante, il fabrique des pianos et des orgues pour les salles de cinéma.
Orgue "Mighty Wurlitzer", début des années 20
En 1920, le français Michel Bussoz invente le premier système automatique de lecture de disque, le Bussophone dont il se dépêche de déposer le brevet. En 1932, il vend le brevet à Farny Wurlitzer, le fils cadet du créateur de l'entreprise. Farny fait appel à Homer Capeheart pour perfectionner le mécanisme ainsi qu'au génial designer Paul Fuller. Le premier Juke-box Wurlitzer sort en 1933, il propose le "P10" qui offre un choix de 10 disques 78 tours en gomme-laque sur un système de lecture horizontal. Mais Wurlitzer ne reste pas longtemps seul à occuper le marché. Il est suivi par David C Rock-Ola, fondateur de la compagnie du même nom, qui accapare près de 40% du marché.
Le Wurlitzer P10
Mais celui qui reste le plus durablement gravé dans l'imaginaire populaire, c'est le mythique Wurlitzer 1015 de 1946. Surnommé le "chapelle" ou "bubbler" à cause des bulles qui parcourent les tuyaux transparents de l'arche, il intègre d'abord une mécanique dédiée aux 78 tours. Seulement la donne change vite. La maison de disque RCA-Victor lance le 2 février 1949 le format 45 tours à la demande du producteur de juke-box Seeburg. Wurlitzer n'adoptera ce nouveau format qu'à partir de l'année 1954, ne croyant pas à son avenir.
Wurlitzer 1015 de 1946
Il est à noter que Rock-Ola adoptera également le 45 tours cette même année en lançant le Fireball qui propose 120 titres. La technologie ne cesse de s'améliorer. La lecture horizontale devient verticale ce qui permet de stocker beaucoup plus de disques. Le modèle 100A de Seeburg de 1950 permet la lecture de 50 disques recto-verso. En 1955, Seeburg double la mise en lançant le VL200 qui propose pas moins de 200 titres. Le chrome remplace le nickel et le formica fait son apparition. Les formes sont de moins en moins arrondies à l'approche des sixties. 1959 voit l'entrée de la stéréo dans le monde du juke-box.
L'âge d'or du juke-box s'arrête avec la fin des années 50. Les machines, tout comme le Rock and Roll d'ailleurs qui ne survivra pas au passage de la décennie, perdent leur originalité au profit de la standardisation. L'apparition du scopitone (dire que les jeunes s'imaginent que ce sont les années 80 qui vu apparaitre le clip vidéo!) relancera l'engouement pour le juke-box pour quelques années.
Lorsque l'on évoque le Rockabilly, le premier nom qui me vient à l'esprit est sans conteste celui de Carl Perkins. Le genre lui doit ses plus grands standards, de nombreux artistes reprendront ses titres allant même jusqu'à faire oublier au public qui en est l'auteur, tel le célèbre " Blue Suede Shoes " que l'on attribue souvent, à tort, à Elvis Presley. On peut affirmer qu'il fut le premier à fixer le genre: deux guitares, une contrebasse slappée soutenues par une batterie. Ce combo était d'autant plus idéal qu'il permettait de faire ressortir sa maîtrise du picking (le pouce de la main droite produit une rythmique en alternant les basses, tandis que les autres doigts jouent la ligne mélodique sur les aiguës).
1956, Sun Records Show - Matchbox
Carl Perkins est né le 9 avril 1932 à Tiptonville dans le Tennessee. Comme beaucoup d'adolescents de l'époque issus d'un milieu rural, il travaillera dans les champs de coton où il fera connaissance avec la musique afro-américaine. Au contact de la main d'oeuvre noire, il apprendra le Gospel et le Blues. A la maison, il écoute le Hillbilly diffusé par les radios locales. Lorsque le studio Sun Records lance le premier single d'Elvis, Carl décide de tenter sa chance et frappe à la porte de Sam Phillips, le patron du désormais légendaire studio. Bien que n'ayant pas le charisme animal du King, ses compositions énergiques, son jeu rapide le propulsent pratiquement au sommet des charts. C'est l'âge d'or du Rockabilly et de Sun Records qui a dans son écurie le " Million Dollar Quartet ": Elvis presley, Carl Perkins, Johnny Cash, Jerry Lee Lewis.
1956, Tex Ritter Ranch Party - Blue Suede Shoes
En 1956, il est victime d'un grave accident de la route, dans lequel son manager trouvera la mort, qui va le conduire à l'hôpital pour plusieurs mois. Elvis Presley n'a plus de rival, il enregistre sa version de Blue Suede Shoes et son passage chez RCA - Victor va booster sa carrière. Carl quant à lui sombre dans la déprime et l'alcoolisme. En 1958, il passe chez Columbia où il retrouve Johnny Cash. Sa carrière restera malgré tout cahotique jusqu'à ce qu'il réussisse à se débarrasser de ses dépendances à l'alcool et aux amphétamines. Dans les années 80, il fera son retour . Il crée son propre groupe avec ses fils, monte son label, participe à des tournées avec Johnny cash, Jerry lee Lewis.
1956 - Glad All Over
Il mourra le 19 janvier 1998 d'une rechute d'un cancer de la gorge. Peu d'artistes peuvent se vanter d'avoir influencé des artistes aussi divers que les Beatles (qui reprendront entre autres "Honey Don't" et "Everybody's Tryin' To Be My Baby") ou Jimi Hendrix (qui reprendra "Blue Suede Shoes" lors du concert de Berkeley le 30/05/1970).
En 1951, Ike Turner, son cousin Jackie Brenston et leur groupe The Delta Cats rallient Memphis, Tennessee depuis Clarksdale, Mississippi. Ils ont une session d’enregistrement prévue dans le studio Sun Records qui n’est pour l’heure qu’un studio parmi tant d’autres. Le trajet est long, Ike et Jackie ont l’idée d’un titre qui va speeder le Rythm and Blues. Le thème de l’automobile (il s’agit de l’Oldsmobile Rocket 88) leur vient d’un Blues rythmé (Jump Blues), Cadillac Boogie enregistré peu de temps auparavant par Joe Liggins. Rocket 88 est composé durant le trajet. Le titre sera enregistré mais Sam Phillips, le patron du studio, préfère le céder à la maison Chess qui réalise tout de suite le potentiel de ce titre. Il restera premier du hit parade durant plusieurs semaines et sera classé deuxième titre Rythm and Blues le plus vendu pour l’année 1951. Bill Haley en enregistrera une version bien terne et fortement teintée de Hillbilly.
Ike donne la partie vocale à Jackie Brenston dont la voix chaude le dispute à la suavité de son jeu au saxophone. Quelle nouveauté apporte ce morceau par rapport à la riche production Rythm and Blues de l’époque ? Tout d’abord, il s’agit du premier titre où la voix passe après la guitare pour que celle-ci puisse balancer ses riffs. Le son de celle-ci est distordu, l’ampli ayant souffert de la chaleur du trajet. Rocket 88 lance durablement la thématique de l’automobile. Chuck Berry y aura souvent recours soit directement soit par le biais de la métaphore dans des titres comme Maybeline, You can’t Catch me, No particular place to go, No money down, par exemple.
Mais il faut malgré tout mettre fin à un mythe, malgré ses évidentes qualités ce titre n’est pas le premier Rock and Roll de l’histoire du genre, cela reste malgré tout du Rythm and Blues. Le Rock and Roll est caractérisé par son rythme particulier, un “eight to the bar” (8 temps par mesure) typique du Boogie mais avec un back beat accentuant le 4ème et le 8ème temps. La variante quatre temps est aussi possible, l’accent étant alors porté sur le 2ème et le 4ème temps. Or la rythmique de Rocket 88 tient plus du shuffle (rythmique à contretemps) hérité des productions de la fin des années 40.
Jackie Brenston
Rocket 88
You women have heard of jalopies You've heard the noise they make Well let me introduce my new Rocket 88 Yes it's great, just won't wait Everybody likes my Rocket 88 Baby we'll ride in style Moving all along.
V8 motor and this modern design Black convertible top and the gals don't mind Sporting with me riding all 'round town for joy (Blow your horn Raymond, blow)
Step in my Rocket and don't be late Baby we're pulling out about half past 8 Going 'round the corner and get a fifth Everybody in my car's gonna take a little nip Move on out, boozing and cruising along.