Aux racines: le Jazz 1ère partie

Publié le par Harald

Autant brosser un rapide historique du Blues ou du Hillbilly est chose aisée, autant s'attaquer à un historique du Jazz est une entreprise périlleuse. En effet, le Jazz est avant tout un terme générique qui désigne un style musical afro-américain né de plusieurs influences et qui a donné lui-même naissance à un nombre considérable d'écoles. Je demande donc aux puristes de bien vouloir se montrer indulgents.

A la fin du XIXème siècle, la musique afro-américaine est constituée essentiellement par le Blues, le Spiritual, un folklore né des chants de travail. Ces genres s'interpénètrent sans qu'une forme nouvelle parvienne à émerger. C'est à la Nouvelle-Orléans que le Jazz verra le jour alentour de 1900. Les " spasms bands " (fanfares noires du quartier de Perdido) reprennent les marches et autres quadrilles joués à l'époque pour les réarranger en les syncopant. Ces essais vont constituer la base qui va inspirer les pianistes noirs du quartier de Storyville. Ils feront le succès du Ragtime né à Sédalia dans le Missouri. Le Ragtime n'est pas à proprement parler du Jazz, il est par trop semblable de par sa structure, à la musique européenne et il lui manque surtout l'élément essentiel du Jazz: l'improvisation. Néanmoins, l'écoute des rouleaux enregistrés par Scott Joplin, le maître inconstesté du Ragtime, reste un ravissement pour l'amateur.
Les " spasms bands " par ailleurs reprenaient également les compositions de ces pianistes pour les jouer dans les parades, défilés, enterrements, ... La formation traditionnelle dite " New Orleans " venait de naître. En ce qui concerne l'apparition du terme " Jazz " on ne relève pas d'occurrence avant 1915. Il ne se généralisera que dans les années 20 au fur et à mesure du succès de ce genre musical.



Avec la guerre, la Nouvelle-Orléans est devenue un port de guerre où de nombreux soldats sont en garnison ou  stationnés en attente d'embarquement. En 1917, Storyville est fermé  par les autorités militaires qui  jugent ce quartier dangereux pour le moral des troupes. Cela signifie le chômage pour tous les musiciens des nombreux cabarets qui suivant l'exemple des bluesmen montent vers Chicago. Paradoxalement, c'est dans cette ville que le style " New-Orleans " va exploser. Le genre est simple. En premier lieu, la formation est conduite  par le trompettiste/cornettiste qui énonce le thème, le clarinettiste brode par dessus pendant que le tromboniste tisse les basses.
L'armée va néanmoins jouer un rôle non négligeable dans l'émergence du jazz par le biais d'orchestres noirs tels que le fameux " Jim Europe's 369th Infantry "Hellfighters" Band ".


C'est également dans cette ville qu'il va se modifier. Essentiellement du fait de musiciens blancs amoureux de ce style, comme Bix Beiderbecke, qui vont le " pacifier ". Les lignes mélodiques de chaque instrument, au lieu de se chevaucher vont rester parallèles voire successives, les solos faisant leur apparition. Le " Chicago style " vient de naître. Il sera aussi brillament illustré par de grands artistes noirs tels que Fats Waller.

Une nouvelle migration survient à la fin des années 20. Le centre de gravité se déplace vers New-York qui attire non seulement les jazzmen de Chicago mais également ceux de Kansas City. C'est dans cette ville que la formation en Big Bands apparait donnant naissance au Swing, style caractérisé par un système rythmique où les quatre temps de la mesure sont également accentués (four beats) a contrario des styles précédents où l'accent était porté sur les deuxième et quatrième temps.
Le Jazz va s'affranchir de l'univers du cabaret pour celui du monde du spectacle avec la création de grands dancings comme le Savoy et le désormais célèbre Cotton Club. Les années 30 voient l'explosion du Jazz. Le genre ne cesse de faire de nouveaux adeptes, les grandes formations gagnent du public pour arriver à l'année de la consécration, 1938, où il entre dans le sanctuaire de Carnegie Hall grâce à Benny Goodman. La créativité n'est pas en reste, le " scat " fait son entrée au tout début des années 30. Pour certain le mérite revient à Cab Calloway qui ayant oublié les paroles de "Minnie the moocher " improvisa une série d'onomatopées, pour d'autres il est né d'une improvisation de Louis Armstrong sur " Heebies Jeebies ".

Publié dans haraldsgraffiti

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