American Graffiti

Publié le par Harald


Lorsque l'on me demande quel est le meilleur film  sur les années 50, je réponds sans aucune hésitation American Graffiti. Et pourtant, il y a  un paradoxe, car l'histoire se déroule en 1962. En fait, le film traite à la fois le thème de la fin de l'adolescence et de l'Amérique au sortir des années 50. Ces deux thèmes se rejoignent car en fait il s'agit d'un film sur la fin de l'innocence malgré la légèreté de ton. A la fin du film, les personnages ont évolué tout comme l'Amérique qui avec les années 60 va connaître la guerre du Viet Nam et le désenchantement.


En lecteur assidu de Joseph Campbell, George Lucas sait qu'une bonne histoire est avant tout celle qui reprend les grands schémas que l'on retrouve dans toutes les mythologies. Le personnage principal, Curtis Henderson, n'est encore au début du film qu'un ado venant de terminer le lycée et qui se pose des questions sur son avenir. Partir ou rester, tel est le choix qu'il va devoir faire pendant cette nuit qui va finir par ressembler à un parcours initiatique. La structure est plutôt classique. Unité de temps, le film se déroule sur une seule nuit. Unité de lieu, le film se déroule dans la même ville. Les trajectoires apparemment séparées des 4 personnages principaux ne dérogent pas à la classique unité d'action, tant elles s'entremêlent. Il y a également une parfaite symétrie, chaque personnage masculin trouve son pendant féminin.


La thématique "lucasienne" est présente:
passion des véhicules, obsession de la vitesse, départ du héros. Elle est directement tirée de la jeunesse californienne de Lucas qui était passionné de mécanique, de vitesse et qui faillit perdre la vie dans un accident de voiture. Le cruisin' dans les rues de Modesto, les drive-in remplis de teen-agers, le rock and roll distillé par la radio et les juke-boxes, les runs où se mesurent les muscle cars, tout sonne juste car ce sont avant tout des souvenirs personnels transposés à l'écran.


En fait, George Lucas tourne ce film comme s'il s'agissait d'un documentaire. Il a recours au Techniscope en lieu et place du Cinémascope car ce format n'utilise pas d'objectif anamorphique, ce qui réduit la hauteur de l'image de moitié, occasionnant une perte de qualité rendant l'aspect légèrement granuleux du 16mm. Tournant essentiellement la nuit, Lucas utilise l'éclairage public et celui des boutiques. Délibérément, il ne donne que peu voire pas de consignes de jeu à ses acteurs. Ron Howard se rappelle: " Il arrivait souvent que l'on ne sache pas où étaient placées les caméras. On ignorait si l'on était filmé en gros plan par un objectif de longue focale. Quand on interrogeait george à ce sujet, il refusait de répondre. Il vous disait simplement de continuer à jouer. [...] En voyant nos prestations à l'écran, je me suis rendu compte que l'on arrivait ainsi à une parfaite honnêteté et à un naturalisme qui donnaient beaucoup de crédibilité aux personnages. "


La distribution est riche de jeunes talents prometteurs. Richard Dreyfuss (Curtis Henderson), Cindy Williams (Laurie henderson), Ron Howard (Steve Bolander), Harrison Ford (Bob Falfa), Paul Le Mat (John Milner), Candy Clark (Debbie Dunham), Charles Martin Smith (Terry "the toad" Fields), Mackenzie Phillips (Carol) , Suzanne Somers (la blonde dans la T-bird).


American Graffiti innove aussi dans le domaine de la bande son. C'est un des tout premiers films à donner une place aussi importante à la musique. Une bonne quarantaine de standards illustre le film
. L'adoption de la bande sonore ne se fit pas sans peine tant elle rompait avec ce qui se faisait alors. Lorsque Lucas présenta sa liste de titres au responsable des musiques d'universal studios, ce dernier faillit s'étouffer: "Il n'y a pas de précédent. pourquoi n'engagerions nous pas plutôt un orchestre pour réenregistrer toutes les chansons?".

Les cinéphiles remarqueront la plaque d'immatriculation

La musique est à ce point importante que le fil rouge qui la relie aux quatres histoires est assuré par le disc-jockey de la station de radio locale: Wolfman Jack. Là encore Lucas va innover en utilisant les bandes originales des émissions du Wolfman. Bien qu'apparemment secondaire son importance est réelle. L'émission nocturne qu'il anime cristallise toutes ces frivolités qui semblent importantes durant l'adolescence et le Wolfman est là, présent, à l'écoute. Son exubérance, son débit si particulier, sa voix éraillée vont marquer durablement les esprits à tel point qu'on le retrouvera dans le saison 11 des Simpson sous les traits de Wolfguy Jack, patron d'un resto rétro.


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