Sex, drug and... Rock and Roll?

Publié le par Harald


Parmi les artistes à qui on peut attribuer une part de paternité au Rock and Roll, il en est un que j'affectionne tout particulièrement: Harry "The Hipster" Gibson. Pianiste hallucinant, avec un jeu scénique totalement déjanté, il maîtrisait parfaitement un nombre incroyable de styles: Boogie Woogie, Stride, Ragtime, Dixieland, Bop, Blues, etc.


Handsome Harry The Hipster

Les thèmes de ses chansons tournaient autour des sujets bannis par les stations de radio de l'époque: adultère, alcool, crime, drogue. J'en veux pour preuve le titre d'une de ses chansons enregistrée en 1945 "Who Put The Benzedrine In Mrs. Murphy's Ovaltine?" (1). Cette liberté a eu un prix: la célébrité. Cependant, son jeu enflammé a montré la voie à des pianistes à venir tels Jerry Lee Lewis ou Little Richard (qui auront d'ailleurs bien moins de talent). Avant The Hipster même les pianistes Boogie les plus hot, tels Pete Johnson ou Albert Ammons jouaient assis. Quant à sa liberté de ton,  elle a ouvert la voie à Mose Allison ou Chuck Berry dont les paroles sont empreintes d'une certaine "jive talkin'" poésie.

Hipster's jive talkin' dictionnary

Né en 1915, Harry Raab, de son vrai nom, grandi dans le Bronx et apprend très tôt le piano.  Adolescent il jouit déjà d'une petite renommée durant la prohibition et se voit invité à jouer dans le "speakeasy" (2) appartenant au saxophoniste Eddie "Locjaw" Davis dans le quartier de Harlem. Davis est loin d'être un inconnu,il a joué avec des pointures comme Count
Basie, Louis Armstrong, Cootie Williams, Lucky Millinder.


Opus 12EEE
(et non pas Piano Boogie Jump comme annoncé au début du soundie)

Après la prohibition, il continuera de se produire mais cette fois-ci dans des clubs de la 52ème rue: The Hickery House, The Onyx Club, Leon and Eddie's, The Three Deuces. En 1939, Fats Waller le découvre et lui propose de venir jouer avec lui en tant que pianiste d'entracte dans le club où il se produit. Harry Raab, le petit juif new-yorkais, devient alors le flamboyant Harry "The Hipster" Gibson. Il y restera jusqu'en 1945. Il enregistrera en 1944 l'album "Boogie Woogie in Blue" (4 disques en 78 tours) et quelques "soundies" (3) à Hollywood.


En 1945, il enregistre un album de deux disques toujours pour le label Musicraft où figure justement le titre "
Who Put The Benzedrine...". En 1946, il participe au film musical d'Arthur Dreifuss "Junior prom" dans lequel il partage la vedette musicale avec The Airliners, Abe Lyman et Eddie Heywood (il est à noter que le film présente de magnifiques scènes de Jitterbug (4)).


 4F Ferdinand

A partir de 1947, il disparait de la scène musicale. A la fin des années quarante il va faire quelques semaines de prison pour possession de drogue. C'est d'ailleurs son addiction due à l'abus de psychotropes qui lui ferme les portes des studios. Ensuite il va devenir chauffeur de taxi et vivre en reclus jusqu'aux années 80. Il va alors faire un come-back, enregistrer deux albums:
1986 "Everybody's Crazy But Me", 1989  "Who Put The Benzedrine In Mrs. Murphy's Ovaltine?". Ses thèmes n'ont pas changé, il continue de chanter d'une voix rocailleuse le sexe, l'alcool et la drogue (I Wanna Go Back To My Little Grass Shack). En 1991, âgé de 75 ans, il se suicide.


(1)
"Vous reprendrez bien un petit snif de Benzédrine?" C'est ce que se voyaient offrir les passagers de la Pan-Am dans les années 50. Cette amphétamine était supposée rendre plus confortables les décollages et les atterrissages. Elle était offerte gratuitement par la compagnie au même titre qu'une brosse à dents, un sac à glace (?) un rasoir électrique, une boîte à coudre ou des mouchoirs en papier. (voir photo ci-dessous (ou ici), rubrique "articles de service") Une publicité ici et une photo du produit .


(2) Bars clandestins.

(3) Un "soundie" est un petit film tourné en 16mm qui était joué ensuite par des juke-boxes. Un ancêtre du scopitone vite abandonné, la technologie ne permettant pas à l'époque d'avoir des appareils fiables.

(4) Le Jitterbug est une manière acrobatique de danser le swing. Décliné en deux styles principaux: le Lindy Hop et le Carolina Shag, il est l'ancêtre du Rock acrobatique.


Publié dans haraldsgraffiti

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