Aux racines: Le jazz 2ème partie, le Swing

Publié le par Harald

Cab Calloway - Jitterbug Party (1935)

Dans le précédent post dédié au Jazz, j'ai brossé un rapide tour d'horizon de la genèse du genre. Nous sommes maintenant arrivés à l'époque de la maturité. Le Jazz est devenu LA musique populaire américaine, à tel point, nous l'avons vu ici, qu'il a même influencé la Country Music. Nous sommes donc au début des années 20 à New-York, dans le quartier de Harlem plus précisément. Les pianistes vont se servir des acquis du Ragtime et du Cake-Walk pour développer, suivant en cela l'influence du Chicago Style, un nouveau style moins syncopé, plus coulant, le Stride. Parmi les artistes les plus renommés de cette époque on peut citer Willie "The Lion" Smith, James P. Johnson et Fats Waller.

Le Cotton Club, 644 Lenox Avenue

En 1920, Fletcher Henderson fait ses débuts à New-York en tant que pianiste d'Ethel Waters en attendant de monter sa propre formation où de jeunes talents feront leurs armes: Coleman Hawkins, Don Redman, Louis Armstrong. Cette formation devient rapidement la meilleure de son temps. 1920, c'est aussi l'année où Jack Johnson, ancien champion de boxe catégorie lourds, ouvre le Club Deluxe à Harlem. Racheté en 1923 par Owney Madden, bootlegger notoire, il change de nom et devient le Cotton Club. Outre son activité classique, Madden qui est incarcéré à Sing Sing, se sert du club pour distribuer son alcool de contrebande. Cela va conduire les autorités à le fermer en 1925 pour quelques temps. La réouverture se fera sans aucun accord officiel des autorités et sans que la police n'intervienne d'ailleurs. Le Fletcher Henderson Band va être le premier orchestre à y  jouer. De 1927 à 1931, il est remplacé par  la formation de Duke Ellington qui s'illustre par son style "jungle" dû en  grande partie aux sonorités "growl" des trompettes et trombones. "Creole Love call", "The Mooche", "Mood Indigo" "Echoes of the jungle" datent de cette période. La formation d'Ellington est riche de solistes de talent: le trompettiste Cootie Williams, le clarinettiste Barney Bigard, le saxophoniste baryton Harry Carney, le tromboniste Lawrence Brown, le cornettiste Rex Stewart sans oublier les voix magnifiques d'Adelaide Hall et  Ivie Anderson. La renommée de l'endroit est telle qu'il accueille des émissions radiophoniques. A partir de 1930, Cab Calloway et sa revue "Brown Sugar" font leur apparition au club. Il remplacera Ellington jusqu'en 1934, année qui verra l'arrivée de Jimmie Lunceford. Lorsque l'on considère la liste de talents qui sont passés en ce lieu, on ne peut qu'être impressionné: Lena Horne (qui démarra à 16 ans comme chorus girl) , Bill "Bojangles" Robinson, Louis Armstrong, Ethel Waters, les Nicholas Brothers, Coleman Hawkins, ... Le club sera fermé en 1936 suite à l'émeute raciale de 1935 déclechée à la suite d'un mouvement de protestation contre la politique discriminatoire d'embauche des grands magasins de Harlem. Il réouvrira brièvement l'année suivante après avoir déménagé sur Broadway. 1940 sera l'année définitive de fermeture. Les loyers élevés, le changement des goûts de la clientèle conjugués aux investigations de l'administration fiscale dans le cadre d'une enquête sur les pratiques d'évasion fiscale des patrons des boîtes de Manhattan auront mis fin à la belle aventure du Cotton Club.

Le savoy Ballroom - 1942

Outre le Cotton Club, Harlem compte un autre endroit renommé, le Savoy Ballroom. Ouvert le 14 décembre 1926 au 596 Lenox Avenue, il est la propriété du gangster Moe Paddon (homme de paille de Capone)  et est dirigé par Charles Buchanon. Salle moderne bénéficiant de tous le confort de l'époque, elle comporte deux immenses pistes de danse. pour se faire une idée de la taille, il ne faut pas perdre de vue que le Savoy couvrait la totalité du block situé entre la 140ème et la 141ème rue. L'établissement mesurait 66 mètres de long sur 17 mètres de large représentant une surface de 1122 m² . Les murs étaient recouverts de miroirs, le mobilier était résolument moderne, le dancing parfaitement ventilé (l'air conditionné restant à inventer). Le plancher de danse était régulièrement changé tous les trois ans. L'affluence moyenne était de 4.000 danseurs par soirée. Quelques 150 employés se partageaient le temps de travail de la semaine. Les videurs étaient particulièrement efficaces, le Savoy avait la réputation d'être un dancing épargné par les bagarres, aussi, ils se faisaient 100$ par soirée. Deux big bands officiaient au Savoy, un à chaque bout de la salle. C'est à partir de ce dancing que le Lindy Hop partit à la conquête de la scène Jazz. Pour animer l'endroit, Buchanon eut l'idée de créer les fameux "battles of bands", dès mai 1927, où les orchestres rivalisaient de virtuosité, le vainqueur étant désigné par le public. Lionel Hampton, Duke Ellington, Erskine Hawkins, Jimmie Lunceford, Artie Shaw, Count Basie, Fletcher Henderson, Chick Webb, les Savoy Sultans, Benny Goodmann, Lucky Millinder, Glenn Miller firent les belles heures de l'endroit. Le mercredi était réservé aux concours de danse, le vainqueur gagnait 40$. Les meilleurs se retrouvaient dans un coin qui leur était réservé, le "Kat's Korner". A contrario du Cotton Club où le personnel et les artistes étaient des afro-américains travaillant pour une clientèle exclusivement blanche, le Savoy était ouvert aux artistes et clients tant blancs que noirs. Il fermera ses portes en 1958.

Whitey's Lindy Hoppers
(démonstration époustouflante tirée de "Hellzapoppin" (1941))

Si le swing est né dans l'atmosphère feutrée des clubs de la prohibition, les big bands quant à eux prennent leur essor justement à la fin de la prohibition. Le succès est d'autant plus fort que l'Amérique commence à sortir de la crise de 1929. Les clubs et ballrooms gigantesques se multiplient, la radio diffuse de plus en plus de swing, les casinos, les hotels se dotent de formations pour divertir leur clientèle. Le big band est composé d'une section rythmique (piano, basse, batterie, guitare) et de trois sections instrumentales: les trompettes, les trombones et les instruments à anche (clarinettes et saxophones).

Benny Goodman - Sing, Sing, Sing (1937)
(tiré du film "Hollywood Hotel")
à noter les solos d'anthologie de Harry James à la trompette
et de Gene Krupa à la batterie

Le swing entre définitivement dans la légende avec le concert de Benny Goodman au Carnegie Hall le 16 janvier 1938. C'est LE concert de légende qui le consacre "King of Swing". Les 4.000 places sont vendues avec plusieurs semaines d'avance au prix incroyable pour l'époque de 2,75$ (soit environ 50$ actuels). Il fut le premier jazzman à pénétrer dans cette véritable Mecque des mélomanes. La formation de Goodman intégrait indiféremment musiciens noirs: Teddy Wilson (piano), Lionel Hampton (vibraphone), Cootie Williams (trompette), Charlie Christian (guitare), et blancs: Ziggy Elman et Harry James (trompette), Jess Stacy (piano) et Gene Krupa (batterie).cette soirée du 16 janvier fut donc la première à voir des musiciens noirs jouer au Carnegie Hall.

Glenn Miller débute en 1923 au trombone au sein de l'orchestre de Ben Pollack. Le clarinettiste est un parfait inconnu également nommé Benny Goodman. En 1928, il monte à New-York où il joue pour les frères Dorsey et Ray Noble. A partir de 1930 il écrit des arrangements, notamment pour Tommy Dorsey. Il crée sa première formation en 1937, puis un orchestre de danse en 1939. Il enregistre In the Mood le 1er août 1939. Il va participer avec son big band à des films comme "Sun valley Serenade" (1941). En 1942, il crée le Glenn Miller Army Air Force Band et accède à une renommée internationale. Il a alors le grade de capitaine. Ses deux plus grands succès sont "In the Mood" et "Moonlight Serenade". Le 15 décembre 1944, il monte dans un avion pour rejoindre la France. Le temps est très brumeux, il n'arrivera jamais.

Glenn Miller - In The Mood

Publié dans haraldsgraffiti

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xav 09/10/2006 22:49

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